top of page

Digital labour, survaleur et propriété

This is placeholder text. To change this content, double-click on the element and click Change Content.

Digital labour, survaleur et propriété

PRODUCTIVITÉ SOCIALE ET EXTRACTION DE LA SURVALEUR

En Belgique, Statbel, le bureau d'analyses statistiques national belge, a publié en 2018 une note décrivant - notamment - qu'une entreprise sur 5 exploite du Big data [1]. Ici à nouveau, le big data y est décrit comme étant généré par des activités menées électroniquement et via des communications "machines-to-machines [...] L'analyse du Big data renvoie aux techniques, technologies et logiciels utilisés pour cette analyse"[1]. Timide, mais bien réelle, cette statistique figure bel et bien qu'Internet a "déstabilisé la
chaîne de valeur des entreprises IT et de l'édition, de la musique et de l'audiovisuel"[2], et que celles-ci adaptent leurs chaînes de valeurs en conséquence. Toutes les organisations et institutions analysent les données à leur disposition, afin d'avoir une meilleure visibilité et connaissance de leur écosystème d'activité. La spécificité de notre cas, c'est la proactivité dans la création de ces écosystèmes, car il est possible de maximiser le travail au sein de ceux-ci. Hannah Arendt disait que ce qui caractérise la société moderne, c'est qu'elle est devenue une société de travail - au sens de la résistance que la vie oppose à l'entropie - [3], signant la victoire d'"animal laborans" sur "Homo faber" [3]. Dans la déclinaison numérique de cette société, "les nouveaux modèles visent à diminuer le coût des inputs, notamment du travail nécessaire à la production de valeur" [2]. Ainsi, ce mode de production de la valeur table sur un accroissement de l'activité en ligne et la facilitation de celle-ci, "ce qui peut impliquer des facteurs temporels (rapidité), psychiques (actes mentaux simples ou routiniers), ergonomiques (manipulabilité), économiques et matériels" [3]. En étendant ce modèle, qui n'est pas encore normalisé et institué mais qui se répand dans les organisations, il est compris que celles-ci cherchent à capter la puissance de la multitude [2], et que se bâtit un modèle visant l'exploitation de la productivité sociale. En fait, économiquement parlant, ce modèle transforme les entreprises, restructure les marchés et ne préfigure pas forcément de scénario dystopique sur le "contrôle des masses". Cependant, la question du travail est abordée - quand elle est abordée - de telle façon que les concepts opératoires traditionnels (valeur-travail, etc) de la critique sont inadéquats. Le productivité digitale est du "travail immatériel" qui repose sur un "Principe de commodité" soit un "élan qui fait aller chaque fois au plus commode, au plus économique, au plus fluide, au plus pratique [...] Principe selon lequel toutes les fonctions objectives sont rattachées à la vie subjective par le charme du « pratique » et la puissance de son envoûtement libidinal [3]. Verso du rapport utilitariste moyens-fins, Il s'agit pourtant d'une composante de la condition du sujet numérique bien comprise par des entreprises comme Google, dont les dizaines de produits [4] procurent une puissance d'extraction phénoménale de ce travail, de ce Digital Labour [2]. Nous voyons donc quel est "l’essentiel de la valeur d’une entreprise dans l’économie numérique: sa capacité à capter l’externalité positive que constitue la puissance de la multitude" [2]. Pour autant, si "les entreprises doivent souvent renoncer à exercer un contrôle propriétaire sur le processus de production pour profiter de cette puissance de la multitude" [2], la reconnaissance de cette multitude n'est jamais abordée, pour mettre plutôt l'accent sur la puissance extractive qui s'exerce sur elle et les anciennes critiques concernant l'extraction brutale [5] ou encore l'accumulation par dépossession [2] n'expliquent rien ici. Chez Marx, par exemple, la Plus-Value est conceptualisée selon l'équation suivante: Temps totale de production - Temps nécessaire à la reproduction de la force de travail = Plus-Value [6], soit aliénation du temps de travail. L'actualisation de cette équation est ardue. La temporalité, dimension phénoménologique primordiale dans la critique Marxiste de la plus-value, ne s'applique pas ici en ce que les données sont une production simultanée au travail initial.

Pour mieux calibrer la critique, le concept de marché multi-versants [2] est plus pertinent. Il permet de capturer la complexité du capitalisme numérique, dans lequel le travail effectué dépasse largement la sphère rémunératrice [2]. Google est l'exemple type d'entreprise évoluant sur un marché multi-versant, soit des marchés "constitués autour de deux clientèles : les utilisateurs et les annonceurs" [2]. La critique du "temps de cerveau disponible" opposé à la publicité de masse lors de la démocratisation de la télévision et l'apparition d'une "audience-marchandise" [2] trouve ici un écho. Pour garder l'exemple de Google - Google représente le cas limite, le cas le plus représentatif car le plus développé, d'entreprise tech opérant sur un marché multi-versants. Ce cas permet donc de bien travaillé nos hypothèses -, l'entreprise américaine propose 65 [4] produits aux particuliers, 29 [4] aux entreprise, et 13 [4] outils ou autres produits de développement aux annonceurs. Google Analytics [7] propose aux entreprises de "tirer parti de vos insights Analytics pour toucher la bonne audience [...] Analysez les utilisateurs de votre site et de votre application afin de mieux évaluer les performances de vos actions marketing, vos contenus, vos produits, etc" [7]. C'est emblématique de ce que signifie "exploiter la puissance de la multitude".

OUVERTURE: APPROCHE PAR LA PROPRIÉTÉ

En matière de données, le RGPD prévoit une série de droits protégeant le particulier - Le sujet, l'individu, le citoyen, le consommateur, etc. -, mais également clarifiant ce à quoi il peut s’attendre ou non , et l’étendue des systèmes que ses données peuvent parcourir. Droit à l’effacement des données, droit à la portabilité des données, droit d’accéder aux données, droit à la rectification des données, droit à la limitation du traitement des données, droit d’opposition; autant de droits qui sont définis par le RGPD, et dont la teneur est médiée par l’APD entre autres. Mais, si l’une des fonctions du RGPD est la neutralisation des zones d’incertitudes, son corollaire est la définition et l’intensification (les effets de performativité) de controverses multiples : Définition de la donnée à caractère personnel, limitations des droits et devoirs mutuels entre médiateurs - organisations et citoyens, Reconnaissance du travail numérique immatériel, etc., sont autant de sites au travers desquels se développent, de façon procédurale, les réflexions sur la propriété des données. Cependant, étant donné que les données numériques ne sont pas, du moins en Belgique, susceptible d'appropriation, le RGPD ne fait que cadrer la gestion des données et prévenir l'outrage aux droits fondamentaux, inaliénables, aux personnes physiques. Par la même, la propriété des données reste un terrain de débats, sur lequel se rencontrent juristes, économistes, sociologues, philosophes, etc. Pour le moment, il n'est pas audacieux de postuler que l'attribution des fruits de la gestion et du traitement de ces données fonctionnent selon une série de normes sui generis propres aux organisations, droit qui sera attribué au producteur qui "prend l’initiative et le risque des investissements correspondants" et donc "bénéficie d’une protection du contenu de la base lorsque la constitution, la vérification ou la présentation de celui-ci atteste d’un investissement financier, matériel ou humain substantiel [8]. Dans ce dernier paragraphe, nous affirmons donc qu'il est du plus grand intérêt de poursuivre ces débats sur ce terrain, à savoir les modes de propriété numérique.


BIBLIOGRAPHIE

[1] Statbel.(2018). One Belgian enterprise out of five analyses big data.

[2] Broca, S.(2015). Les deux critiques du capitalisme numérique.

[3] Hunyadi, M. (2019). Condition de l'homme numérique. Revue Philosophique de Louvain, Vol. 116, no.3, p. 397-412.

[4] Google Web.(n.d.). Des produits utiles pour tous. https://about.google/intl/fr/products/

[5] Pleyers, G.(2019). Ldvlp2170 - Mondialisation des phénomènes sociétaux. Notes personnelles prises aux cours. Université Catholique de Louvain.

[6] Marx, K.(1867 [1985]). Le Capital. Tome I.

[7] Google Analytics.(n.d.). Analytics Tools & Solutions for your business.

[8] Anciaux, A., Farchy, J. Méadel, C. (2017). ‪L’instauration de droits de propriété sur les données personnelles : une légitimité économique contestable‪. Revue d'économie industrielle, 158(2), 9-41.

© 2023 par La Couleur. Créé avec Wix.com

bottom of page